Archives mensuelles : août 2015

José Van Dam chante Malher : “Ich bin der Welt abhangen gekommen”

Le Maître.

Ich bin der Welt abhangen gekommen,
mir der ich sonst viele Zeit verdorben,
sie hat so lange nichts von mir vernommen,
sie mag wohl glauben, ich sei gestorben !

Es ist mir auch gar nichts daran gelegen,
ob sie mich für gestorben hält,
ich kann auch gar nichts sagen dagegen,
denn wirklich bin ich gestorben der Welt.

Ich bin gestorben dem Weltgetümmel,
und ruh in einem stillen Gebiet.
Ich leb allein in meinem Himmel
in meinem Lieben, in meinem Lied.

TRADUCTION :

Me voilà coupé du monde
dans lequel je n’ai que trop perdu mon temps;
il n’a depuis longtemps plus rien entendu de moi,
il peut bien croire que je suis mort !

Et peu importe, à vrai dire,
si je passe pour mort à ses yeux.
Et je n’ai rien à y redire,
car il est vrai que je suis mort au monde.

Je suis mort au monde et à son tumulte
et je repose dans un coin tranquille.
Je vis solitaire dans mon ciel,
dans mon amour, dans mon chant.

 

Le pianiste Radu Lupu joue Mozart

Si je devais vous faire connaître un pianiste et un artiste exceptionnel ce serait Radu Lupu. Ce génie du clavier qualifié de magicien et de peintre au clavier est un surdoué de la Musique, salué par la critique et par le public. Il commence la Musique à l’âge de 6 ans puis donne son 1er concert avec ses compositions à l’âge de 12 ans devant une salle médusée.

Je n’ai personnellement jamais entendu pareil touché. L’équilibre entre la main droite et la gauche est absolument incroyable. De son propre aveu, Lupu chante à l’intérieur de lui-même sa main droite. En tant que chanteur, je ressens complètement ce qu’il veut dire car nous les chanteurs faisons intervenir des sensations pures d’un instrument 100% intériorisé contrairement à un instrumentiste. En effet, pour l’instrumentiste, la Musique est là, soit par les cordes, soit par les touches, elle est dissociée de son corps, c’est la raison pour laquelle j’ai peine parfois à entrer dans l’univers du musicien car ma perception ne peut être que le reflet de mon être profond. Le génie de Lupu, et qui lui donne ce caractère unique et exceptionnel, est d’avoir introverti par le chant intime et intérieur sa main droite. Ce n’est donc plus un simple touché, fût-il virtuose et remarquable, mais le prolongement de son âme.

Depuis quelques années, l’artiste refuse catégoriquement des interviews par des journalistes qui l’interrogent sur sa vie, sa technique, ses projets, mettant son talent au service exclusif de la Musique, seule capable, selon lui, de parler d’elle-même car les mots ne suffiraient pas à exprimer ce qu’il ressent, à qualifier sa personnalité, reflet sans doute d’une profonde et sincère humilité. Comment ne pas être en accord total avec cet immense artiste ?

“L’amour de la musique mène toujours à la musique de l’amour…” (J. Prévert)

Les plus belles oeuvres du caravage

Une superbe rétrospective des plus belles oeuvres du Caravage, certainement mon peintre préféré avec Rembrandt et De Vinci. Le choix de la Musique y est également pour beaucoup. Vraiment je vous la recommande.

Ce que j’aime chez cet immense peintre c’est que sa vie fut à l’image de sa peinture : ambivalente, violente et passionnée, d’une étrange et singulière beauté. Il fut pourchassé pour crime et débauche mais il avait des protecteurs chez les mécènes, qui comprenaient la puissance de sa peinture, de son génie, contrairement à l’Eglise qui le méprisait car elle se complaisait dans le maniérisme post-raphaélien, pâle mouvement de copistes du Maître Raphaël à Rome. Caravage peignait la vulgarité tandis que Poussin exaltait et célébrait le bon ton via le nombre d’or dans ses oeuvres et dans son enseignement, symbole de perfection esthétique.

A l’époque, tout ce qui était sombre était le Mal, le Diable et tout ce qui était à la lumière représentait l’inspiration, Dieu, l’amour. C’est la raison pour laquelle son génie ne fut pas compris par l’Eglise en son temps, pire il en fut proscrit ! Le Maître du clair-obscur avait compris qu’un homme n’était ni noir ni blanc mais tout en même temps. Il est faux de croire qu’un homme serait vertueux ou totalement dénué de Bien dans son coeur, c’est ce qui fait toute sa spécificité, son immuable lutte intérieure. Il a à se battre perpétuellement contre lui-même, ses instincts, ses passions extrêmes, il est fasciné par la destruction et la mort, conscient de la noirceur de l’âme humaine, comme l’écrivait et le pensait Nietzsche : “l’Homme est fait pour la guerre”, mais il peut avoir des éclairs de génie capables de le transcender, de sublimer sa peur de sombrer dans les ténèbres.

Caravage est à la peinture ce que Baudelaire fut à la poésie. Il a créé du Beau avec ce qui pourrait être considéré comme laid et mauvais. Les Fleurs du mal, oeuvre somptueuse de Baudelaire, fut interdite et condamnée par les tribunaux pour ces mêmes raisons…

Plus j’avance et plus je suis convaincu qu’une Oeuvre, fût-elle la plus sincère, ne peut contenir en elle qu’une seule et même conception erronée de la Beauté, du Bien. Elle se transformerait en une parodie de la beauté, indéniablement mièvre et infantile, hypocrite et stérile. C’est une forme de maniérisme édulcoré, pasteurisé, scolaire. Ce qui est beau est somptueux mais puissant mais encore faut-il savoir ce qui est puissant. Il faut avoir vécu et accepté les méandres obscurs de notre condition humaine, nos ambivalentes et destructrices passions, pour tenter de les transmettre fidèlement et loyalement aux hommes à travers l’Art sublimé.

Par contre, je pense que ce n’est pas au Diable et au Malin de s’emparer de notre Art, il ne faut pas le laisser prendre possession de l’acte créatif car l’oeuvre serait dégénérée, nocive, parasite, malsaine. L’Art est le meilleur de nous-mêmes dans notre inspiration, en ce sens c’est un acte d’amour et d’espérance.

Paradoxalement, Caravage, malgré ses travers et ses crimes, n’est pas le peintre du Diable. Je pense au contraire qu’il fut le seul génie de la peinture à avoir compris la dimension humaine du Christ, il est LE peintre de la lumière divine qui s’abat sur l’imperfection et la laideur des hommes. Il est très loin de la noblesse et de l’académisme assommant, presque précieux, de ses aînés qui cherchaient à séduire par leur égo et leur indéniable maîtrise. C’est en peignant l’homme réel et véritable, qu’il a compris le contraste entre la créature et son Créateur. C’est cela le vrai contraste, le vrai sens de la lumière, de Dieu et de tout ce qui est sacré…

Portrait Patrice Laulan, ténor

Voici un portrait réalisé ce soir-même après la 1ère de Il Trovatore aux Chorégies d’Orange avec Roberto Alagna, de mon collègue et ami ténor de l’Opéra d’Avignon, Patrice Laulan.

J’ai shooté peu avant les saluts en coulisses et je l’ai photoshopé en rentrant. Je viens de le terminer. Patrice faisait un petit rôle dans la production, Le Messager.