Archives mensuelles : novembre 2015

Déjeuner chez Alain Llorca grand chef à St Paul de Vence Hôtel-Restaurant 4*

Voici un billet sur mon dernier déjeuner dimanche 8 novembre 2015 chez le grand chef français, Alain Llorca que je connais personnellement.

Alain llorca

A l’occasion de notre 9ème anniversaire de mariage, Marie-Louise et moi nous nous sommes rendus chez Alain car nous y fêtons à peu près tous nos événements personnels et intimes depuis plusieurs années. En effet, nous l’avions connu il y a 8 ans alors qu’il était encore au Relais & Châteaux Le Moulin de Mougins, il avait été fait Chevalier des Arts et des Lettres. Tous les clients du Moulin, dont nous étions, avaient été conviés pour l’événement. J’en garde un souvenir impérissable ! Mes papilles s’en souviennent encore ! Depuis, Alain a sa propre affaire près de St Paul de Vence.

C’est une table et un bonhomme extraordinaires ! Si je devais qualifier la cuisine d’Alain, je dirais qu’elle est a son image : généreuse, audacieuse, de caractère trempée avec des accents espagnols. Alain sait mêler les contrastes, les oxymores du goût avec un talent assez exceptionnel, il faut bien le dire. Comme toujours, Alain a tenu à rencontrer ses clients en bavardant avec eux. Il nous confiait durant de longues minutes (car il sait que je suis son 1er fan !) toute la difficulté de son travail, ses horaires impossibles et toujours cette passion de la cuisine qui l’anime. Faire plaisir, inventer, créer mais aussi diriger des équipes, être exigeant envers soi et les autres, marque de fiabilité dans son travail.

Nous avons pris le menu “Collection Alain LLorca” à 135€/personne (hors boissons) :

Crabe Kamchatka
Sushis de crabe Kamchatka /un autre croustillant au caviar français (extraordinaire !)

Truffe noire Mélanosporum
Spaghettini à la truffe noire Mélanosporum/courgette trompette et crème à la mozzarella
(une véritable tuerie !! 🙂 )

Foie gras de Chalosse et homard bleu
Foie gras de Chalosse et homard bleu en bolognaise /une Royale de foie gras de Chalosse et pain toasté (j’adore)

Saint-Jacques
Noix de Saint-Jacques de Dieppe à la plancha/douceur d’endives à la carbonara

Foie gras de Chalosse
Foie gras de Chalosse cuisiné comme des bonbons (très original)

Chevreuil
Chevreuil filet de chevreuil rôti aux baies de genièvre/terrine de sangría aux figues séchées/pruneaux/poire Martin sec et coing confits/tranche de foie gras chaud

Fromage
Sélection de fromages affinés de nos paysans

Tarte praliné
Tarte praliné destructurée/crumble chocolat noir/glace vanille

Voici toute la cuisine du chef en PDF :  pdf-jpg
Menus Alain Llorca
La carte
Les desserts
Le grill
La carte des vins

En apéritif, un blanc charnu et moelleux Minervois, et comme toujours, j’ai pris un blanc Pouilly et Marie-Louise un Bordeaux Rotschild puissant. J’ai bu quelques gorgées de rouge réservées pour les fromages de nos producteurs français ! A tomber !…

Allez-y les yeux fermés, ça vaut le détour, vraiment.
Messieurs, si vous voulez marquer des points auprès de votre chère et tendre, emmenez-là chez Llorca ! Succès garanti !

Voici le website du Chef et de l’hôtel-restaurant Alain Llorca :
http://www.alainllorca.com/

Hommage à René Girard

Aujourd’hui, je suis en deuil. J’apprends avec une grande tristesse le décès de René Girard, anthropologue, philosophe, Académicien, Professeur émérite de littérature comparée.

Girard m’a ouvert des voies intellectuelles que je ne soupçonnais pas, tout comme Lévy-Strauss, le maître du structuralisme. Il me fascinait car il fut un grand penseur de notre culture occidentale. Je voulais vraiment comprendre le comportement humain quand l’homme est en groupe homogène autour de croyances, de violences et de rites sacrés, tribaux et racialistes. C’est sous le prisme de l’anthropologue et de l’ethnologue que je me dirigeai, plus que vers celui du religieux qui m’indispose à cause de son côté fanatique et irrationnel.

Voici ses principaux concepts que je résumerai ainsi : le mensonge romantique (moi qui pensais être unique !) la violence et le sacré, le mécanisme victimaire dévoilé par le judaïsme et le christianisme et la théorie du bouc émissaire dans les organisations humaines que j’adore littéralement ! J’avais acheté la vidéo entière à l’INA de son intervention HISTORIQUE chez Pivot. J’ai dû la visionner une bonne demi-douzaine de fois !

René Girard nous offre deux clés « scandaleuses » pour comprendre notre histoire et notre identité : le désir mimétique et la violence fondatrice de la culture.

Le désir mimétique

A la rencontre du sentiment et de la pensée, de l’intime et de la relation aux autres, le désir nous révèle et nous engage. René Girard ose nous affirmer que tout désir est mimétique, c’est-à-dire imité d’un modèle. Le désir est donc triangulaire : nous regardons l’objet de notre désir mais aussi un modèle (ou médiateur) qui nous le « désigne » cet objet à nos yeux – richesse, objet amoureux, ambition…

Dans les sociétés traditionnelles (antiques et médiévales), seule l’imitation est légitime, toute « novation » est suspecte. Le christianisme, c’est « l’imitation de Jésus-Christ ». Ainsi, Don Quichotte « vénère ouvertement son modèle (Amadis des Gaules) et s’en réclame le disciple ». L’imitation est ouverte, revendiquée.

Tout change avec la modernité et l’avènement de l’individualisme, la valorisation de la nouveauté, de l’ « originalité », le culte du « génie » : l’imitation devient généralement inavouable. Le romantique s’imagine qu’il vit une passion unique, détachée de toute influence, de toute détermination, de préférence contre la société, voire contre le monde entier. Il ne voit pas, ou plutôt il ne veut pas voir qu’il ne fait en cela qu’imiter tel ou tel modèle… comme les autres. C’est ce que dévoilent à qui prend la peine de les lire les grands romanciers : Stendhal, Flaubert, Proust, Dostoïevski… D’où le titre « Mensonge romantique et vérité romanesque ».

Cette course effrénée à l’imitation des uns par les autres dans les sociétés démocratiques, où la compétition s’étend sans cesse, exacerbe les « sentiments modernes » selon Stendhal : envie, jalousie, haine impuissante, tous aspects de la vanité. Cette « contagion mimétique » stérile mène au snobisme dépeint par Proust, et aux sentiments contradictoires montrés par Dostoïevski : pas d’amitié sans envie, d’attraction sans répulsion. C’est ainsi que l’injonction d’originalité, d’autonomie piège des cercles sociaux de plus en plus larges. Ce mécanisme mimétique touche également les groupes sociaux, les nations. Ainsi, les nobles légitimistes du XIXe siècle en sont réduits à calquer leurs comportements sur les idéaux bourgeois d’austérité, de morale familiale, de sens de l’économie…

Prendre conscience de ce « piège mimétique » dans lequel nous nous enfermons me paraît d’autant plus important à notre époque que nous vivons dans une culture – un culte – de la performance, de la compétition sociale d’autant plus généralisée (sexualité, croyances religieuses…) que les identités sont incertaines, entrant dans la même spirale… La course à une consommation de plus en plus symbolique (on achète du service, du statut, du symbole, les moyens de participer au jeu social…) crée une spirale bien réelle de destruction des ressources naturelles et de perturbations de l’environnement.

Violence et religion

La compétition mimétique croissante crée des risques de déstabilisation sociale. Nous voyons bien que tout délit, tout crime crée un désir de vengeance, appelant elle-même des représailles… C’est le rôle de l’autorité judiciaire, de désamorcer le cycle des vengeances privées, en établissant une sanction publique, qui refuse le nom de vengeance.

Mais comment font les sociétés tribales, dites « primitives » ? Elles se caractérisent généralement par

– de nombreux tabous, autour du sang, de la sexualité, de la notion de pur et d’impur…

– des mythes fondateurs parlant de meurtres, de dépeçage, de jaillissement de fécondité…

– des rites sacrificiels.

Pour René Girard, « Le religieux vise toujours à apaiser la violence, à l’empêcher de se déchaîner. » Pour cela, il garde vivant, actif le souvenir d’une crise sanglante ancienne qui a été fondatrice de la culture – une sorte de « lynchage originel », tout en prenant de multiples précautions pour éviter un nouveau déchaînement de violence : « le rituel a pour fonction de purifier la violence ». Les sacrifices, les fêtes, les rites de passage sont autant de réactivations de ce mécanisme victimaire, de manières de le rejouer et d’impressionner.

Mais le judaïsme puis le christianisme ont apporté un changement fondamental : ils ont dévoilé ce mécanisme victimaire et refusé que la religion et donc la culture se fondent éternellement sur le camouflage – transfiguration d’un meurtre originel. Dans l’épisode de Caïn assassin d’Abel dans la Bible, Dieu reconnaît le crime, le sanctionne mais il interdit la vengeance. Ainsi l’attitude de Jésus-Christ qui refuse tout recours à la violence, même au cours de sa « Passion », quand il en est arrivé à la dernière extrémité.

Depuis lors, les persécutions n’ont certes pas disparu, mais elles sont devenues repérables, comme dans le cas des massacres de juifs accusés d’avoir provoqué la peste noire au XIVe siècle.

A notre époque, la critique de toute une histoire de persécutions conduit en retour à dénoncer tout pouvoir, toute richesse, et bientôt toute culture comme intrinsèquement persécutrice. La course mimétique à la valorisation de son identité prend de plus en plus l’allure d’une compétition à qui arrivera à se faire reconnaître comme la plus grande… victime, pour pouvoir revendiquer le plus de prestige, de compensations… voire de droit à accuser les autres, sinon à les terroriser, les persécuter !

Adieu, Professeur et sincèrement merci pour votre oeuvre considérable.