Archives de catégorie : Musique

Gustav Mahler – Adagietto from Symphony no. 5 par Herbert Von Karajan

Comme je travaillais sur un reportage j’écoutais l’Adagietto de la Symphonie N°5 de Mahler. Ne vous fiez pas à l’image utilisée pour illustrer la vidéo de Youtube car vous allez entendre là une pure merveille. Pour les plus impatients, l’intensité de l’oeuvre commence vraiment à 2’20 mais les puristes considéreront que tout ce qui précède amène les crescendos et les diminuendos voulus par le compositeur.

J’ai choisi de vous partager cette version du grand Chef d’orchestre Daniel Barenboïm car j’ai été littéralement bouleversé par sa vision de l’oeuvre. Il est très étrange que je ne lui préfère pas la version de Herbert Von Karajan que je porte généralement aux nues mais je dois reconnaître que la version de Barenboïm est particulièrement poignante, le corps du son des violons est d’une grande et pure noblesse, il y a un mordant inégalé et des harmoniques d’une richesse infinie, très équilibrées aussi bien dans les aigus que dans les graves, sans parler des tempi qui confèrent à l’ensemble une sorte d’oeuvre d’art définitive et puissante, comme s’il n’était plus permis de créer une autre version que celle-ci. Que proposer d’autre du reste ?

Si à l’écoute de cet Adagietto vous ne ressentez strictement rien c’est que vous êtes probablement mort…

José Van Dam chante Malher : “Ich bin der Welt abhangen gekommen”

Le Maître.

Ich bin der Welt abhangen gekommen,
mir der ich sonst viele Zeit verdorben,
sie hat so lange nichts von mir vernommen,
sie mag wohl glauben, ich sei gestorben !

Es ist mir auch gar nichts daran gelegen,
ob sie mich für gestorben hält,
ich kann auch gar nichts sagen dagegen,
denn wirklich bin ich gestorben der Welt.

Ich bin gestorben dem Weltgetümmel,
und ruh in einem stillen Gebiet.
Ich leb allein in meinem Himmel
in meinem Lieben, in meinem Lied.

TRADUCTION :

Me voilà coupé du monde
dans lequel je n’ai que trop perdu mon temps;
il n’a depuis longtemps plus rien entendu de moi,
il peut bien croire que je suis mort !

Et peu importe, à vrai dire,
si je passe pour mort à ses yeux.
Et je n’ai rien à y redire,
car il est vrai que je suis mort au monde.

Je suis mort au monde et à son tumulte
et je repose dans un coin tranquille.
Je vis solitaire dans mon ciel,
dans mon amour, dans mon chant.

 

Le pianiste Radu Lupu joue Mozart

Si je devais vous faire connaître un pianiste et un artiste exceptionnel ce serait Radu Lupu. Ce génie du clavier qualifié de magicien et de peintre au clavier est un surdoué de la Musique, salué par la critique et par le public. Il commence la Musique à l’âge de 6 ans puis donne son 1er concert avec ses compositions à l’âge de 12 ans devant une salle médusée.

Je n’ai personnellement jamais entendu pareil touché. L’équilibre entre la main droite et la gauche est absolument incroyable. De son propre aveu, Lupu chante à l’intérieur de lui-même sa main droite. En tant que chanteur, je ressens complètement ce qu’il veut dire car nous les chanteurs faisons intervenir des sensations pures d’un instrument 100% intériorisé contrairement à un instrumentiste. En effet, pour l’instrumentiste, la Musique est là, soit par les cordes, soit par les touches, elle est dissociée de son corps, c’est la raison pour laquelle j’ai peine parfois à entrer dans l’univers du musicien car ma perception ne peut être que le reflet de mon être profond. Le génie de Lupu, et qui lui donne ce caractère unique et exceptionnel, est d’avoir introverti par le chant intime et intérieur sa main droite. Ce n’est donc plus un simple touché, fût-il virtuose et remarquable, mais le prolongement de son âme.

Depuis quelques années, l’artiste refuse catégoriquement des interviews par des journalistes qui l’interrogent sur sa vie, sa technique, ses projets, mettant son talent au service exclusif de la Musique, seule capable, selon lui, de parler d’elle-même car les mots ne suffiraient pas à exprimer ce qu’il ressent, à qualifier sa personnalité, reflet sans doute d’une profonde et sincère humilité. Comment ne pas être en accord total avec cet immense artiste ?

“L’amour de la musique mène toujours à la musique de l’amour…” (J. Prévert)

Ouverture de Lohengrin, H. V. Karajan

Si vous écoutez cette ouverture de Lohengrin et que cela ne vous procure aucune émotion c’est que vous êtes probablement mort ! Une splendeur intemporelle et éternelle… Lorsque je l’écoute en travaillant mes photos, je ressens une telle plénitude, une telle compréhension de ce que ces artistes ont voulu créer en puissance dramatique, pathétique, tragique… La merveille des merveilles, certainement une des plus belles ouvertures de tout le répertoire lyrique et de tous les temps…

Concerto pour piano N° 2 de Rachmaninov en Do mineur par Evgeny Kissin

Vous vous souvenez peut-être je vous avais convié il y a quelque temps de cela à écouter le Concerto pour piano N° 2 de Rachmaninov en Do mineur par Hélène Grimaud. Je vous propose de l’écouter par  celui qui est devenu certainement le plus grand pianiste du monde à l’heure actuelle, le génie Evgény Kissin, sans parler du Chef d’orchestre Koréen, ancien Directeur Musical de l’Opéra Bastille, j’ai nommé l’immense Chung. J’ai eu la chance de chanter sous sa baguette à deux reprises dans ma vie avec l’Opéra de Nice aux Chorégies d’Orange avec Roberto Alagna. C’est un immense Chef. Ce sont des souvenirs intarissables dans la vie d’un musicien.

On voit bien la différence entre un toucher masculin et féminin. J’aime beaucoup la version de Grimaud, particulièrement sur cette oeuvre et il est intéressant de noter toute la fragilité que peut avoir un homme comparée à celle d’une femme car la Musique est le reflet de nos blessures, de nos joies et de nos peines, mais aussi de notre nature, de notre manière d’appréhender nos sentiments. Si Grimaud donne de la noblesse et de la finesse toute féminine à son interprétation, Kissin quant à lui nous livre une dimension pathétique et géniale, de par sa virtuosité inégalée et de par son âme de grand musicien élevé au firmament des artistes exceptionnels très jeune.

Vous avez devant vous une vie de travail et de sacrifices portée par un don d’une rareté extrême. Tâchons de nous sentir à la hauteur de ce cadeau que nous font les grands artistes par leur génie…

Magique José van Dam…

Je vous propose d’écouter un des plus grands Maîtres de la Musique du XXe siècle, José Van Dam dans une mélodie de Fauré : “Les Berceaux”

Il existe pléthore de versions toutes plus extraordinaires les unes que les autres mais il en demeure une qui me bouleverse littéralement, c’est celle de José Van Dam. Admirez la diction, la noblesse de sa voix, la maîtrise technique, la profondeur et la subtilité de son âme. Nous sommes sans nul doute dans des sphères supérieures de la Musique.

Dans un monde sans Culture où s’entrechoquent les vulgarités et les violences humaines les plus exacerbées, cela fait du bien de retrouver des valeurs sûres comme des repères perdus au milieu du désert ou des phares lointains au milieu des tempêtes. Les jeunes aujourd’hui sont victimes des grandes majors qui leur font croire que ce qu’ils écoutent s’appelle Musique. Je suis curieux de savoir ce qu’ils penseraient s’ils écoutaient loyalement José Van Dam, sans à priori, s’ils le peuvent encore. Si seulement les Geeks pouvaient décrocher un instant et se recentrer sur ce qui fait leur existence d’êtres humains capables de comprendre, ressentir les choses…

Du très grand Art… Si j’en sauve ne serait-ce qu’un seul, peu importe son âge, son origine, sa condition sociale, la beauté des choses qui nous élève est universelle et moi j’y crois. L’acte suprême de la résistance est là : vous pouvez prendre mon corps car il finira bien par se dissoudre au milieu des éparses poussières mais je ne vous livrerai jamais mon âme ni ma liberté d’aimer…

Maurizio Pollini joue Bach

Un de mes pianistes préférés avec le génial et facétieux Arthur Rubinstein, Maurizio Pollini. Qui ne se souvient pas de son interprétation magistrale des Nocturnes de Chopin ? C’est une autre vision de Bach, moins métronomique que celle de Glenn Gould. En effet, j’ai toujours pensé que les interprétations de Glenn Gould, même si elles restent des références absolues dans ce type de répertoire, avaient quelque chose de mécanique, de machinal. Cela revient du fait que, nous le savons à présent, Gould souffrait d’une certaine forme d’autisme surdoué. Il pouvait emmagasiner une multitude de notes d’une précision redoutable sans jamais leur conférer une autre dimension, plus consciente ou plus habitée, j’allais dire plus humaine…

Pollini nous livre ici toute l’étendue de sa virtuosité d’une extrême sensibilité. Lorsque l’artiste sublime sa souffrance de vivre ou de ne pas pouvoir aimer à travers l’oeuvre d’art, grâce à son intelligence, sa maîtrise, sa science et sa parfaite conscience, il parle à tous les hommes qui peuvent s’identifier à lui tout en les élevant.

“Malheureux peut être l’homme, mais heureux l’artiste que le désir déchire…” (Baudelaire)

Hélène Grimaud dans le concerto pour piano de Rachmaninov No.2

Je vous propose d’écouter Hélène Grimaud dans le concerto pour piano de Rachmaninov No.2 en Do mineur, op.18 [Adagio sostenuto] avec Claudio Abbado à la Direction à l’automne de sa vie, au Festival de Lucerne 2008. Un pur moment de beauté. J’aime cette fuite en avant passionnée sur ce thème très connu, certes, mais profondément mélancolique et néanmoins lumineux. Admirez la frénétique osmose entre des musiciens de talent au service exclusif de la Musique. Du grand Art.