Archives de catégorie : Peinture

Conférence de Jacques -Edouard Berger sur le grand peintre français, Ingres

J’ai découvert l’été dernier le travail de Jacques -Edouard Berger. C’était un historien suisse qui fut conservateur au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, chargé de cours à l’École polytechnique fédérale de Lausanne et à l’École cantonale d’arts de Lausanne, collaborateur scientifique de la Radio suisse romande, écrivain, conférencier, membre ordinaire de l’ICOM (International Council of Museums – Conseil international des musées), nommé par la Conférence générale de l’UNESCO, critique d’art pour de nombreux journaux.

C’est un homme qui a consacré sa vie à la beauté. C’était un immense professeur d’art et je suis en train d’entendre (voire d’étudier) chacune de ses conférences disponibles sur internet, dont voici un exemple sur un des plus grands peintres et portraitistes du XIXe et de tous les temps, Ingres.

Je l’ai écouté hier sur mon Ipad, tard dans la nuit, dans le silence de ma conscience, confortablement allongé sur ma banquette du salon au milieu de couettes moelleuses et le sentiment de plénitude et de grâce est total quand on aime sincèrement l’art véritable ! 🙂 Berger était spécialiste de l’art de la Renaissance, mais il ne négligeait aucune période importante avec une très grande connaissance de son sujet. C’est un pur bonheur. Les conférences internet sont agrémentées d’images des oeuvres mais le son est malheureusement de piètre qualité.

Berger nous parle avec passion de toute l’histoire d’un tableau, de la biographie d’un grand peintre, d’un sculpteur, en se référant en permanence à l’Histoire (la recontextualisation de l’oeuvre en son temps) sinon l’on ne peut comprendre la portée révolutionnaire des grands génies. C’est une série de conférences absolument incroyables qui restent des trésors pour les quelques-uns encore vivants, dont je suis, qui s’intéressent et cherchent inlassablement de la beauté en tout.

Il mourra quelque temps après ses conférences magistrales, pour le plus grand malheur des milieux de l’Art. Il laisse un patrimoine culturel et intellectuel inestimable. A écouter sans modération dans ce monde devenu complètement dingue et incontestablement dégénéré…

Les plus belles oeuvres du caravage

Une superbe rétrospective des plus belles oeuvres du Caravage, certainement mon peintre préféré avec Rembrandt et De Vinci. Le choix de la Musique y est également pour beaucoup. Vraiment je vous la recommande.

Ce que j’aime chez cet immense peintre c’est que sa vie fut à l’image de sa peinture : ambivalente, violente et passionnée, d’une étrange et singulière beauté. Il fut pourchassé pour crime et débauche mais il avait des protecteurs chez les mécènes, qui comprenaient la puissance de sa peinture, de son génie, contrairement à l’Eglise qui le méprisait car elle se complaisait dans le maniérisme post-raphaélien, pâle mouvement de copistes du Maître Raphaël à Rome. Caravage peignait la vulgarité tandis que Poussin exaltait et célébrait le bon ton via le nombre d’or dans ses oeuvres et dans son enseignement, symbole de perfection esthétique.

A l’époque, tout ce qui était sombre était le Mal, le Diable et tout ce qui était à la lumière représentait l’inspiration, Dieu, l’amour. C’est la raison pour laquelle son génie ne fut pas compris par l’Eglise en son temps, pire il en fut proscrit ! Le Maître du clair-obscur avait compris qu’un homme n’était ni noir ni blanc mais tout en même temps. Il est faux de croire qu’un homme serait vertueux ou totalement dénué de Bien dans son coeur, c’est ce qui fait toute sa spécificité, son immuable lutte intérieure. Il a à se battre perpétuellement contre lui-même, ses instincts, ses passions extrêmes, il est fasciné par la destruction et la mort, conscient de la noirceur de l’âme humaine, comme l’écrivait et le pensait Nietzsche : “l’Homme est fait pour la guerre”, mais il peut avoir des éclairs de génie capables de le transcender, de sublimer sa peur de sombrer dans les ténèbres.

Caravage est à la peinture ce que Baudelaire fut à la poésie. Il a créé du Beau avec ce qui pourrait être considéré comme laid et mauvais. Les Fleurs du mal, oeuvre somptueuse de Baudelaire, fut interdite et condamnée par les tribunaux pour ces mêmes raisons…

Plus j’avance et plus je suis convaincu qu’une Oeuvre, fût-elle la plus sincère, ne peut contenir en elle qu’une seule et même conception erronée de la Beauté, du Bien. Elle se transformerait en une parodie de la beauté, indéniablement mièvre et infantile, hypocrite et stérile. C’est une forme de maniérisme édulcoré, pasteurisé, scolaire. Ce qui est beau est somptueux mais puissant mais encore faut-il savoir ce qui est puissant. Il faut avoir vécu et accepté les méandres obscurs de notre condition humaine, nos ambivalentes et destructrices passions, pour tenter de les transmettre fidèlement et loyalement aux hommes à travers l’Art sublimé.

Par contre, je pense que ce n’est pas au Diable et au Malin de s’emparer de notre Art, il ne faut pas le laisser prendre possession de l’acte créatif car l’oeuvre serait dégénérée, nocive, parasite, malsaine. L’Art est le meilleur de nous-mêmes dans notre inspiration, en ce sens c’est un acte d’amour et d’espérance.

Paradoxalement, Caravage, malgré ses travers et ses crimes, n’est pas le peintre du Diable. Je pense au contraire qu’il fut le seul génie de la peinture à avoir compris la dimension humaine du Christ, il est LE peintre de la lumière divine qui s’abat sur l’imperfection et la laideur des hommes. Il est très loin de la noblesse et de l’académisme assommant, presque précieux, de ses aînés qui cherchaient à séduire par leur égo et leur indéniable maîtrise. C’est en peignant l’homme réel et véritable, qu’il a compris le contraste entre la créature et son Créateur. C’est cela le vrai contraste, le vrai sens de la lumière, de Dieu et de tout ce qui est sacré…