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Comment prendre de belles photos immobilières mais pas que ?

Voilà la question essentielle d’un photographe professionnel dont le devenir de son métier dépend de la qualité constante de son travail.

Avant de répondre à la question de cet article, je crois qu’il est important de redéfinir la notion d’artiste-photographe et d’artisan-photographe. Ce sont des cousins possédant un ADN commun, ils se ressemblent, font partie de la même famille mais leur différence est fondamentale car si tous deux possèdent une maîtrise technique indéniable, un savoir-faire, l’artiste lui, recherche la beauté, je dirais même le sublime.

Pour les puristes de l’Art dont je suis, la maîtrise technique fait partie intégrante de l’univers de l’artiste, c’est sa base, mais il va plus loin que l’artisan qui se doit de maîtriser une technique : il crée une oeuvre d’art qui questionne, provoque une émotion, renvoie aux grandes interrogations de l’existence comme la vie, l’amour, la mort, la procréation, le sacré, la beauté, la contemplation mais aussi la face obscure de nous-mêmes. Aussi, le photographe qui se considère et se positionne publiquement comme un artiste, à tort ou à raison, se doit d’offrir au regard, une part de beauté personnelle, une vision du monde, un choix esthétique délibéré qu’il aura pensé et théorisé. Cela sous-entend d’avoir des références culturelles importantes dans tous les domaines artistiques, voire des formations reconnues ou une réelle compétence bien que ces filières ne garantissent pas le succès si l’on ne possède pas le talent nécessaire.

Pour celles et ceux qui me font l’amitié de me lire et de suivre mon blog, je puise mon inspiration dans le domaine des idées, de la littérature, de la peinture et de la Musique. J’ajoute que ce qui différencie l’Artiste de l’artisan c’est la conscience de son oeuvre, de ce qu’il aura imaginé et créé pour matérialiser ce qu’il considère être beau à ses yeux, pas seulement valable d’être créé.

Voyez-vous, j’ai des idées très arrêtées sur l’authentique beauté. Selon moi elle est universelle et je pense que la société de consommation dans laquelle nous évoluons, crée du virtuel pour nous aliéner, nous isoler, nous empêcher de ressentir personnellement de profondes émotions sincères et sacrées, en excluant de mon propos toute connotation religieuse. Les gens ne possèdent plus de références culturelles et intellectuelles qui leur permettraient de discerner le beau du laid, le vrai du faux, le juste de l’injuste. On ne leur donne plus les outils intellectuels pour qu’ils comprennent et décryptent le monde, s’en insurgent. On a sacrifié la conscience des hommes et leur liberté absolue de contempler la beauté des choses, au profit du consommateur abruti, inculte et lobotomisé qui, frustré, n’aura d’autre choix que de consommer des produits inutiles qui soulageront ainsi futilement son mal-être de vivre, sans lui permettre de trouver un sens valable à son existence.

En ce sens, je crois que nous évoluons dans une société authentiquement décadente où tout se vaut, se consomme rapidement et se vend selon un prix exclusivement lié à la notoriété comme étant une fin en soi. Or, les grandes oeuvres de l’esprit ou de l’Art ont mérité une notoriété car elles faisaient l’unanimité tant par la maîtrise technique de l’artiste que par leur beauté inhérente qui nous oblige malgré nous, quand il nous reste un tant soit peu de conscience personnelle, à rester contemplatif de longues minutes devant tant de sublime. Quand la beauté est là, nous ne sommes plus que ses obligés : elle nous a capturés et soumis dans son irrésistible tyrannie. Je crois que c’est la seule tyrannie à laquelle j’accepte de me soumettre sans me rebeller !

C’est donc la beauté qui est inestimable et le talent des hommes. La notoriété, normalement et naturellement, célèbre ce talent. Or, le marketing corrompt la notion de mérite, d’un élitisme pour tous. Un Hanouna qui gagne 200 000€/mois ne choque plus personne, on lui trouve même des qualités eu égard à son succès, comme si un riche pétomane valait le génie d’un Baudelaire ou d’un Mozart. Il obtient les mêmes privilèges, les mêmes honneurs. L’injustice sociale est là pour moi : ne plus permettre un élitisme pour le peuple, c’est le rendre esclave de sa bêtise et de son ignorance, peut-être pour mieux le dominer et le contrôler, occupé qu’il est à la dépendance du sexe sur le net ou du foot, le fameux adage “Foot et Poufs”, tel un troupeau de bétail qui marche en rang serré inconscient qu’il ira périr dans un abattoir tout en se croyant heureux. 

Les références artistiques, culturelles et intellectuelles vont vous permettre de faire la différence et de discourir sur un sujet qui demande réflexion, connaissance, savoir, maîtrise, mais aussi pureté de coeur pour ressentir l’âme de l’oeuvre, de l’artiste. Elles vont vous apporter une certaine noblesse sans qu’elle ne soit surfaite mais aussi une vraie liberté. Nous allons pouvoir discerner la puissance de la médiocrité qui nous ment, nous détourne, nous détruit, nous abaisse. C’est là tout l’enjeu passionnant de se cultiver, encore et toujours, pour mieux comprendre et saisir ce que nous avons de plus magnifique en nous à travers le talent de celui qui se propose de nous offrir sa version du Beau en plus de sa maîtrise. 

Alors, sur ce seul concept de liberté de création personnelle, le XXe s. a ouvert la porte à des charlatans, des usurpateurs qui ont détourné à leur intérêt mercantile, la notoriété. On le voit bien dans l’art contemporain où certains “artistes”, bien que le terme soit très largement sur-évalué, ne prennent même plus la peine de créer eux-mêmes leurs “oeuvres”, ils les font créer par d’autres et vendent ces “choses”, car je ne sais encore comment les appeler, souvent très cher pour un public inculte mais fortuné et pigeonné comme c’est le cas de beaucoup d’entrepreneurs à succès aujourd’hui, qui ne comprennent pas, sous couvert de faire un bon placement, qu’ils sont en train de se faire manipuler par le marché de l’Art et accessoirement escroquer ! La majorité des oeuvres d’art contemporain sont inrevendables dans les cinq années qui suivent l’achat ! Tout simplement parce qu’elles sont souvent conceptualisées mais d’une très grande laideur. Et nous revenons à mon constat de départ : l’oeuvre d’art cherche le Beau et quand elle le trouve, elle est éternelle et universelle. C’est à ce moment qu’elle prend sa vraie valeur et devient inestimable, tout du moins pour certaines.

Mais vous allez me dire, quel est le rapport avec notre activité de photographie immobilière de luxe ? Après tout, il y a plusieurs secteurs de business dans la photo immobilière. On n’a pas besoin d’être cultivé pour devenir photographe immobilier. C’est exact. A quoi va me servir la littérature, la Musique Classique, l’Opéra, la peinture et la philosophie quand je me retrouve seul dans un 3 pièces en plein coeur du centre ville d’une grande cité ? Et là, j’attire votre attention sur le fait que si nous choisissons de faire du haut-de-gamme, la culture personnelle va être déterminante. Pourquoi ? D’abord, parce que vous allez pénétrer un monde de privilégiés et de fortunés pour lesquels l’art de vivre est plus accessible. Vous imaginez bien que lorsque vous allez vous présenter, vous aurez un autre charisme avec une solide culture générale que si vous en étiez totalement exempt. Il ne s’agit pas de faire semblant ou de jouer un rôle pédant et élitiste mais bel et bien d’être et de rester soi-même. Vous avez besoin de ce bagage intellectuel. Bon nombre de fois, je me suis surpris à discuter des heures avec mes clients sur toutes sortes de sujets passionnants. La réussite dans le domaine de l’immobilier de luxe va vous permettre de connaître de grands restaurants gastronomiques, d’y être même invité par le Chef devenu un ami. C’est une expérience exceptionnelle ! On va vous ouvrir des portes secrètes que vous n’auriez même pas pu ouvrir même en étant client régulier ! Idem pour de grandes villas prestigieuses : avant de faire de la photo immobilière de luxe, j’étais loin de me douter que des endroits pareils existaient dans le monde ! Et je ne vous parle pas de reportages que je dois garder secrets par discrétion…

Bon nombre de personnes s’imaginent qu’en utilisant le même matériel qu’un photographe de renom, elles pourront obtenir le même résultat ce qui équivaut à croire faussement que si vous utilisiez la raquette de Nadal ou si vous vous affubliez de la tenue complète de Messi, vous joueriez aussi bien qu’eux ! Nous sommes plus dans le déguisement d’enfant qui cherche à ressembler à ses idoles qu’à la véritable construction d’une carrière de photographe professionnel. On voit l’impact et les effets occasionnés sur leur entourage et l’on cherche à obtenir les mêmes conséquences : l’argent, la gloire, la reconnaissance, le plaisir, la liberté, l’indépendance financière et l’attractivité. Sauf que l’inspiration et le talent ne s’achètent pas, ils se cultivent, il faut aller les chercher avec acharnement et détermination.

En revanche, pour les plus chanceux d’entre vous, pouvoir se payer des formations de grande qualité auprès de professionnels reconnus et pouvoir s’acheter du matos professionnel haut-de-gamme, peut vous faire gagner beaucoup de temps tout en ne garantissant pas votre succès. Venant d’un milieu modeste j’ai acheté mon matériel en faisant beaucoup de sacrifices car je savais qu’au fond de moi existait un talent, je l’ai travaillé comme on taille une pierre précieuse, avec minutie et patience et je l’offre à ceux qui sont réceptifs à ce que je fais.

C’est à ce moment précis que vous avez une occasion en or de vous prouver ce que vous valez en tant que photographe, de tester votre trempe d’homme, votre niveau de courage et de volonté. C’est cela qui n’est pas qu’une question d’argent…

Personnellement, je trouve ça très enthousiasmant et c’est le temps que je vais consacrer à me former, à peaufiner mes méthodes et mes techniques, que je vais pouvoir m’exprimer sans songer outre mesure aux problèmes techniques. Mon rêve serait de les dépasser. Alors, je ne vous promets pas la facilité, bien au contraire, je vous propose de travailler humblement sur vous même pour progresser, à votre rythme, pour un jour être fier de ce que vous avez réussi à accomplir. Voyez-vous, selon moi, c’est cela qui est inestimable, c’est en ce sens que VOUS serez appréciable comme un compagnon tailleur de pierre ou un Meilleur Ouvrier de France. Vous vous serez fait aider par d’autres hommes tout aussi valables et qui n’ont eu que le mérite d’avoir commencé tout simplement avant vous. Par contre, ils n’ont jamais abandonné.. Faîtes le chemin de la Culture personnelle et du sacrifice de votre temps, de votre argent et vous apprécierez la vraie valeur des choses. Elle est invisible mais vous procurera un plaisir inouï que seules certaines personnes peuvent connaître…

Bonne chance et bon courage pour la suite. Je vous souhaite tout le succès et l’estime que vous méritez.

Thierry.

Conférence de Jacques -Edouard Berger sur le grand peintre français, Ingres

J’ai découvert l’été dernier le travail de Jacques -Edouard Berger. C’était un historien suisse qui fut conservateur au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, chargé de cours à l’École polytechnique fédérale de Lausanne et à l’École cantonale d’arts de Lausanne, collaborateur scientifique de la Radio suisse romande, écrivain, conférencier, membre ordinaire de l’ICOM (International Council of Museums – Conseil international des musées), nommé par la Conférence générale de l’UNESCO, critique d’art pour de nombreux journaux.

C’est un homme qui a consacré sa vie à la beauté. C’était un immense professeur d’art et je suis en train d’entendre (voire d’étudier) chacune de ses conférences disponibles sur internet, dont voici un exemple sur un des plus grands peintres et portraitistes du XIXe et de tous les temps, Ingres.

Je l’ai écouté hier sur mon Ipad, tard dans la nuit, dans le silence de ma conscience, confortablement allongé sur ma banquette du salon au milieu de couettes moelleuses et le sentiment de plénitude et de grâce est total quand on aime sincèrement l’art véritable ! 🙂 Berger était spécialiste de l’art de la Renaissance, mais il ne négligeait aucune période importante avec une très grande connaissance de son sujet. C’est un pur bonheur. Les conférences internet sont agrémentées d’images des oeuvres mais le son est malheureusement de piètre qualité.

Berger nous parle avec passion de toute l’histoire d’un tableau, de la biographie d’un grand peintre, d’un sculpteur, en se référant en permanence à l’Histoire (la recontextualisation de l’oeuvre en son temps) sinon l’on ne peut comprendre la portée révolutionnaire des grands génies. C’est une série de conférences absolument incroyables qui restent des trésors pour les quelques-uns encore vivants, dont je suis, qui s’intéressent et cherchent inlassablement de la beauté en tout.

Il mourra quelque temps après ses conférences magistrales, pour le plus grand malheur des milieux de l’Art. Il laisse un patrimoine culturel et intellectuel inestimable. A écouter sans modération dans ce monde devenu complètement dingue et incontestablement dégénéré…

Les plus belles oeuvres du caravage

Une superbe rétrospective des plus belles oeuvres du Caravage, certainement mon peintre préféré avec Rembrandt et De Vinci. Le choix de la Musique y est également pour beaucoup. Vraiment je vous la recommande.

Ce que j’aime chez cet immense peintre c’est que sa vie fut à l’image de sa peinture : ambivalente, violente et passionnée, d’une étrange et singulière beauté. Il fut pourchassé pour crime et débauche mais il avait des protecteurs chez les mécènes, qui comprenaient la puissance de sa peinture, de son génie, contrairement à l’Eglise qui le méprisait car elle se complaisait dans le maniérisme post-raphaélien, pâle mouvement de copistes du Maître Raphaël à Rome. Caravage peignait la vulgarité tandis que Poussin exaltait et célébrait le bon ton via le nombre d’or dans ses oeuvres et dans son enseignement, symbole de perfection esthétique.

A l’époque, tout ce qui était sombre était le Mal, le Diable et tout ce qui était à la lumière représentait l’inspiration, Dieu, l’amour. C’est la raison pour laquelle son génie ne fut pas compris par l’Eglise en son temps, pire il en fut proscrit ! Le Maître du clair-obscur avait compris qu’un homme n’était ni noir ni blanc mais tout en même temps. Il est faux de croire qu’un homme serait vertueux ou totalement dénué de Bien dans son coeur, c’est ce qui fait toute sa spécificité, son immuable lutte intérieure. Il a à se battre perpétuellement contre lui-même, ses instincts, ses passions extrêmes, il est fasciné par la destruction et la mort, conscient de la noirceur de l’âme humaine, comme l’écrivait et le pensait Nietzsche : “l’Homme est fait pour la guerre”, mais il peut avoir des éclairs de génie capables de le transcender, de sublimer sa peur de sombrer dans les ténèbres.

Caravage est à la peinture ce que Baudelaire fut à la poésie. Il a créé du Beau avec ce qui pourrait être considéré comme laid et mauvais. Les Fleurs du mal, oeuvre somptueuse de Baudelaire, fut interdite et condamnée par les tribunaux pour ces mêmes raisons…

Plus j’avance et plus je suis convaincu qu’une Oeuvre, fût-elle la plus sincère, ne peut contenir en elle qu’une seule et même conception erronée de la Beauté, du Bien. Elle se transformerait en une parodie de la beauté, indéniablement mièvre et infantile, hypocrite et stérile. C’est une forme de maniérisme édulcoré, pasteurisé, scolaire. Ce qui est beau est somptueux mais puissant mais encore faut-il savoir ce qui est puissant. Il faut avoir vécu et accepté les méandres obscurs de notre condition humaine, nos ambivalentes et destructrices passions, pour tenter de les transmettre fidèlement et loyalement aux hommes à travers l’Art sublimé.

Par contre, je pense que ce n’est pas au Diable et au Malin de s’emparer de notre Art, il ne faut pas le laisser prendre possession de l’acte créatif car l’oeuvre serait dégénérée, nocive, parasite, malsaine. L’Art est le meilleur de nous-mêmes dans notre inspiration, en ce sens c’est un acte d’amour et d’espérance.

Paradoxalement, Caravage, malgré ses travers et ses crimes, n’est pas le peintre du Diable. Je pense au contraire qu’il fut le seul génie de la peinture à avoir compris la dimension humaine du Christ, il est LE peintre de la lumière divine qui s’abat sur l’imperfection et la laideur des hommes. Il est très loin de la noblesse et de l’académisme assommant, presque précieux, de ses aînés qui cherchaient à séduire par leur égo et leur indéniable maîtrise. C’est en peignant l’homme réel et véritable, qu’il a compris le contraste entre la créature et son Créateur. C’est cela le vrai contraste, le vrai sens de la lumière, de Dieu et de tout ce qui est sacré…