Comment préparer son reportage photo en photographie immobilière de luxe ?

Voici un article dont le sujet est trop souvent éludé malheureusement. Savoir se préparer pour ne pas laisser de place à l’improvisation est une donnée fondamentale dans le métier de photographe immobilier de luxe, c’est d’ailleurs ce qui fait la grande différence entre l’amateur ou l’entreprise de photographie immobilière low cost. Qu’attend-on de vous exactement par rapport à des sociétés qui bradent le prix de photos immobilières ?

Ce qui fait la différence c’est que le client sait que nous n’allons pas bâcler le travail, le préparer, shooter de jour comme de nuit, à la meilleure heure pour montrer le bien sous son meilleur jour en maîtrisant toute la post-production. Le client fait appel à un artiste et non à de la photo industrialisée. C’est de la haute-couture de la photo ! Tout ceci se prépare et devient vite passionnant, il va flatter votre côté geek !

Je vais vous montrer comment se préparer pour réussir votre mission. Vous allez être beaucoup plus et mieux payé que les autres, à vous de montrer que cela vaut le coup de payer plus cher pour avoir un résultat au top.

Connaissance du lieu et informations indispensables

Sans être architecte, vous devez connaître un certain nombre d’informations essentielles concernant l’immobilier d’une manière générale. Lorsque vous êtes en prospection ou lorsqu’on vous contacte directement, ce qui est mon cas, vous devez poser un certain nombre de questions très importantes sur votre futur reportage. Elles sont indispensables pour que vous puissiez établir un devis complet et proche du service que vous délivrerez en contrepartie d’une rémunération :

  • Villa ou appartement ? si appartement, y a-t-il une terrasse ?
  • La superficie du bien et du terrain ainsi que le nombre de pièces
  • Y a-t-il un jardin créé par un architecte-paysager ou est-ce un jardin peu aménagé ?
  • Difficulté d’accès au lieu éventuel ?
  • Orientations cardinales pour l’ensoleillement ? (exposition ensoleillement du bien)
  • Les propriétaires consentent-ils à tout arranger pour la séance ? (ménage, home-staging éventuel, horaires matinales, ensoleillement, contraintes techniques etc.)
  • Photos aériennes par drone ? (prévoir pour les autorisations légales 5 jours avant)
  • Mât télescopique ?
  • Panoramas ?
  • Visite virtuelle 360° ? Si oui, combien de vues ? Intégration multimedia, charte graphique etc.
  • Disposerai-je d’un plan de la villa pour me repérer ? (recommandé dans le cas d’une réfection totale créée par un architecte, le bien n’est pas encore habité)
  • Existe-t-il des photos existantes pour un 1er repérage ? Puis-je les voir ?
  • Sur quoi dois-je mettre l’accent ? Qu’attendent de moi les propriétaires ou l’agent immo
  • Quelle est l’utilisation future des photos ? (magazine, site web, pubs papier ou internet ou pour vendre exclusivement le bien)

Fort de toutes ces réponses, vous êtes à même de pouvoir commencer à réfléchir à votre travail. Je vous conseille de vous mettre en relation rapidement avec un décideur ou un intermédiaire chargé d’organiser la séance photo car généralement cette personne dispose de tous les renseignements dont vous avez besoin ainsi que des informations et recommandations spécifiques au lieu, au voisinage, à la municipalité ou à tout autre détail qui pourrait avoir son importance dans la réussite ou l’échec de votre reportage. Il est impossible de tout noter ici car chaque cas est unique. D’après mon expérience, ce sont les grandes questions qu’il vous faudra impérativement aborder avant de commencer à photographier.

Repérage

C’est tout naturellement que nous arrivons à une donnée fondamentale de notre démarche professionnelle : le repérage des lieux. Il n’est pas systématique mais très fortement recommandé. En effet, je considère qu’il est impossible de rendre un reportage de facture professionnelle sans avoir vu au préalable le bien que vous devez photographier. Parfois, vous aurez accès à un certain nombre de photos et cet échange peut se faire facilement par mail.

Quand vous ne disposez pas de ce support visuel indispensable que sont les photos, vous devrez, dans la mesure du possible, vous déplacer vous-même, parfois à plusieurs reprises. Il s’agit plus d’un souci de conscience professionnelle que de nécessité absolue, car notre activité repose sur des données à la fois techniques et esthétiques mais concrètes. Personnellement, je le fais systématiquement puisque, habitant sur la Côte d’Azur, c’est dans le sud-est que je réalise 90% de mon activité photographique. Il m’est donc aisé de me déplacer, voire de faire quelques shootings de pré-reportage après avoir étudié théoriquement l’ensoleillement optimisé. C’est en général à ce moment que je décide, une fois rentré dans mon studio de travail, des focales à utiliser, des meilleurs points de vue observés et du bon réglage de mon boîtier, sans oublier les contraintes du terrain, du voisinage, de la circulation etc. Le jour j je disposerai de toutes ces données et mon travail s’en trouvera facilité.

A noter que le repérage est préférable lorsque vous travaillez avec un bien rénové par des architectes du luxe. Si vous travaillez pour une agence immobilière de luxe, vous vous contenterez de la collaboration de l’agent immobilier qui vous livrera toutes les informations indispensables comme la géolocalisation, l’exposition du bien, les meilleures heures pour shooter (si les propriétaires sont d’accord pour que vous shootiez aux heures propices. Ne facturez pas ce déplacement dans un rayon de 30 km du siège de votre entreprise.)

Exemple concret :

J’ai eu un jour à shooter un programme immobilier en plein centre-ville de Nice, plutôt moyen-gamme mais neuf, réalisé par un très grand promoteur connu à l’échelle internationale. Je disposais de plaquettes publicitaires en 3d et le bâtiment fraîchement construit, devait être pris en photo pour son inauguration. Or, la plaquette était très avantageuse car la 3d permet de montrer de belles vues, à plusieurs mètres de hauteur avec un recul suffisant et en choisissant des focales de l’ordre de 90 mm. Mon but était de faire correspondre la réalité à la 3d mais arrivé sur place il m’était impossible d’avoir le recul nécessaire pour shooter, de plus de grands platanes barraient la vue et mon meilleur emplacement qui me permettrait le meilleur cadrage devait se passer en plein milieu de la route ! Dans ce genre de cas, c’est l’expérience et l’ingéniosité du photographe qui priment. Je compris alors que je devais proposer autre chose, avec une focale courte et dynamique en expliquant mes contraintes techniques rencontrées par la configuration du terrain. J’ai quand-même fait appel au mât télescopique à 7m de hauteur et choisi une focale de 24 mm pour éviter trop de déformation. J’ai demandé à la société de faire en sorte que le bâtiment soit très propre sans outils et gravas près du lieu et la post-production a fait le reste sous Photoshop !

Appli ensoleillement & météo

Au temps où nous n’avions pas les technologies à notre disposition, nous pouvions prendre du plaisir à attendre et attendre encore le bon moment pour avoir la bonne lumière. Cette quête inlassable pour capturer LE moment n’est pas vraiment révolue mais disons que les Applis mises sur le marché aujourd’hui nous font gagner un temps non négligeable et précieux.
Si le repérage sur place est toujours nécessaire, voire recommandé ou carrément indispensable dans certains cas, on peut affiner l’appréciation théorique d’un ensoleillement, non pas optimal, mais en rapport avec notre recherche esthétique car, nous le verrons par la suite, se contenter de la vieille rengaine : « les meilleurs moments pour photographier et avoir une lumière magique et chaleureuse c’est le matin ou le soir» n’est pas suffisant pour un professionnel. Nous DEVONS connaître les positions du soleil en fonction des saisons et SAVOIR ce que ces données rendent comme résultat sur les immeubles, les bâtiments ou les villas ainsi que sur la végétation. C’est l’effet recherché qui nous GUIDERA et en fonction de cet effet, nous ETABLIRONS un plan d’actions précis. La démarche est professionnelle et non pas basée sur des données approximatives toujours dangereuses.

Mon conseil : les données des applis sont des BASES de travail mais ne constituent pas une fin en soi. Si nous décidons de faire notre reportage uniquement sur des données d’ensoleillement théoriques et à distance, nous prenons un gros risque car sur place, les éléments environnants peuvent changer la donne comme des ombres imprévues, un contre-jour sur ce que l’on veut principalement montrer, une montagne qui réduit la durée de l’ensoleillement, des travaux imprévus autour, une circulation intense… Un repérage sur place suivi de quelques essais de shooting seront toujours bien plus fiables pour ne pas se tromper.

Ces recommandations de bon sens étant posées, voici l’appli que j’utilise pratiquement à chaque reportage en immobilier de luxe et de prestige. Je ne l’ai jamais essayée sur mon Android car je pense que sur l’Ipad, la lisibilité est plus pratique.

Sun Surveyor :

Personnellement, je pense que c’est la meilleure appli que je connaisse. Elle prédit la position exacte que le soleil (ou la lune) occupe à un moment déterminé. Les données du site, les vues cartographiques et la boussole 3D interactive ne montrent pas seulement le moment du crépuscule, y compris l’heure bleue et d’or (avec une grande précision), mais aussi la position du soleil, l’angle d’attaque des rayons et le tracé des ombres en projection. La vue de l’appareil photo intégré est une fonction de réalité augmentée qui nous permet de voir à travers la caméra de notre appareil où le soleil se situera dans le ciel et quand il disparaîtra derrière un bâtiment ou une montagne ! Révolutionnaire !

Ce qui est le plus chronophage en photographie immobilière de luxe, c’est l’attente pour capter LE moment fatidique, notamment en soirée pour la fameuse heure bleue. Avec cette appli et toutes les d’informations qu’elle fournit, il est facile de déterminer la combinaison parfaite entre le moment et le point de prise de vue. Plus besoin d’attendre : il vous suffit d’être au bon endroit au bon moment pour photographier le bien sous sa meilleure lumière.

Quelques images de l’appli : (photos du net, l’appli est bien en français)

Sun Surveyor pour la photo immobilière de luxe

 

Et quelques captures d’écran de mon Ipad personnel

Parmi toutes les fonctionnalités qu’offre l’appli, celles que j’aime sont les suivantes

  • Boussole 3d
  • Affichage sur la carte
  • Vue détaillée
  • Le street view,

Le street view oui mais avec les données de l’appli ! Vous pouvez situer le bien dans son
milieu naturel en regardant sa position par rapport au soleil en fonction des jours et des
heures que vous pouvez sélectionner, les 4 points cardinaux, les degrés etc.

Sun Surveyor d’Adam Ratana est disponible pour les smartphones et les tablettes
(Android et iOS) Elle coûte 9,99 €, un peu cher mais à mon avis elle est totalement
indispensable pour tout professionnel exigeant.

La préparation la veille

Nous arrivons au moment crucial qui va vous distinguer d’un amateur en photo : la préparation de la veille. Personnellement, j’adore préparer ma visite la veille car la pression monte tout comme l’adrénaline, c’est l’occasion pour moi de me prouver à moi-même que le client a bien fait de me faire confiance ! C’est du reste une bonne boussole pour savoir si vous êtes un bon photographe : vous devez bien vous préparer en amont pour pallier aux problèmes que vous allez rencontrer sur le terrain. 

Le mauvais photographe ne prépare JAMAIS sa visite la veille. Il compte sur l’improvisation et donc sur l’approximation du shooting. Grosse erreur : de bonnes images ne sont pas un hasard. C’est le résultat d’une MAITRISE, de plusieurs COMPETENCES et d’un SAVOIR-FAIRE qui demandent de la formation, du temps et du talent. C’est ce qui fait votre valeur et justifie votre rémunération.

Vous devez essayer et essayer encore votre matériel chez vous pour vous assurer que tout fonctionnera comme vous le souhaitez et même anticiper les éventuelles pannes de matos. Normalement, si vous avez bien brieffé les propriétaires sur le ménage et donc le rangement, le jardin, la déco avec le home-staging éventuel, théoriquement on attend plus que l’Artiste entre en scène, vous ! Mais comment faire ?

La check-list

Voilà la donnée la plus importante : la check-list. Passez en revue tout ce dont vous aurez besoin pour le shooting. En général, les erreurs proviennent de petits détails auxquels on n’avait pas pensés comme de la connectique manquante, des piles déchargées, des batteries oubliées, des petites têtes panoramiques défaillantes ou carrément oubliées à la maison ! Ne négligez pas ce processus : il doit être compris dans votre prix.

Dans le cas de la visite virtuelle 360°, bien souvent je sépare le shooting photo de la visite 360 car je tiens à shooter aux bonnes heures et la visite virtuelle est plus chronophage que de simples photos. Je réalise et finalise TOUJOURS la veille ou l’avant-veille du shooting quelques panos 360 depuis mon salon. Je vérifie le point nodal pour pouvoir le reporduire sans me poser de questions sur le lieu le lendemain.

D’une manière générale, je contrôle tout mon matos la veille du shooting au soir et mon sac doit être méticuleusement rangé. N’oubliez rien ! Et surtout, prévoyez l’imprévisible comme des cartes mémoire qui flancheraient par exemple ou des attaches rapides pour boîtier.

Allez, lancez-vous ! Vous allez voir, c’est vite grisant. Shootez tout ce que vous trouverez beau, c’est la clé absolue et sous tous les angles ! Même si vous revenez avec beaucoup trop de photos ce n’est pas grave, ayez le choix en rentrant et tout devrait bien se passer.

Bonne chance et croyez en vous !

 

2 réflexions au sujet de « Comment préparer son reportage photo en photographie immobilière de luxe ? »

  1. Labecot

    Conseils très intéressants dont l’appli Sun Surveyor. Je débute en photographie immobilière et n’ai pas aujourd’hui votre maîtrise de Photoshop (longtemps amateur et utilisateur de Lightroom, qui me suffisait), mais je me soigne à coup de nombreux tutos (Julien Pons, Antonio Gaudencio et Rich Baum m’instruisent quotidiennement 🙂 ).
    Si un client du Poitou-Charentes (Cognac par exemple) vous contacte et que vous ne souhaitez pas faire le déplacement… pensez à moi. 🙂
    Une idée pour une prochaine newsletter : “Quel est le meilleur rapport qualité-prix pour l’investissement d’un drone ?” ou “Réglages standards fréquents pour l’usage d’un flash cobra ou de studio.”, “HDR et rendu naturel : les pièges à éviter”… 😉
    Bien cordialement.

    Répondre
    1. Thierry Russo-Delattre Auteur de l’article

      Bonjour François,
      Je suis ravi de savoir que vous me lisez. Bon, vous semblez avoir pris les bonnes bases auprès de super photographes ! De plus, je suis allé voir votre site. Vous avez un super matos ! Vous allez vous éclater. Avec un matos pareil, théoriquement, avec de la méthode et des techniques sûres et dupliquables, vous devriez faire des merveilles rapidement !

      Vos suggestions me donnent envie de créer un tuto en vidéo sur le HDR qui pêche très souvent chez les photographes immobiliers.

      Au niveau du drone, je n’en ai pas acheté car les technologies évoluent à la vitesse grand V et je préfère avoir un matériel très haut de gamme entre 5 000 et 15 000 € c’est la raison pour laquelle je fais appel à Benoît, mon partenaire droniste spécialiste et ultra-compétent (il est aussi pilote d’hélico !) qui renouvelle tout son matos chaque année ! Il vole et moi je supervise le shooting avec lui, sur le terrain, en choisissant les cadrages et les angles, je retouche ensuite entièrement les photos, souvent sous forme de panoramas.

      Pour ce qui est du flash, je ne suis pas fan du flash car j’ai mis en place un workflow performant et infaillible qui me prendra beaucoup moins de temps et me causera moins d’embarras avec tout le matos de flashs à transporter. De plus, on dispose généralement de très peu de temps pour shooter. Avec ma technique, on obtient le même résultat en moins de temps…

      Alors, le HDR est capital et il faut qu’il reste naturel. J’expliquerai tout ça dans le prochain tuto en vidéo. Je mélange le HDR et la photo traditionnelle, c’est ça l’astuce ! Mais je vous en reparlerai en détails. J’espère que vous me ferez l’amitié de le suivre.

      Bien photographiquement.

      Thierry.

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *