L’Education sentimentale (Flaubert) Extrait

740865 (1)Voici un extrait de l’Education sentimentale de Flaubert. C’est un livre important que je relis en ce moment. Pour ceux qui l’ignorent, il s’agit d’une réécriture du Lys dans la Vallée de Balzac, un de mes romans romantiques préférés du XIXe. Flaubert y traite souvent de passages autobiographiques avec notamment sa rencontre avec Élisa Schlésinger, l’amour de sa vie, imaginée en Madame Arnoux, passion qu’il ne put assouvir à cause des contingences de l’époque et qui finira peu à peu par détruire ses illusions d’amour pur et absolu.

Voici un de mes passages préférés, lorsque Frédéric la vit paraître. Un Chef d’oeuvre de littérature. Admirez ses descriptions poétiques où l’homme tombe en pâmoison devant celle qu’il considère incarner la beauté, la grâce toute féminine :

“Frédéric, pour rejoindre sa place, poussa la grille des Premières, dérangea deux chasseurs avec leurs chiens. Ce fut comme une apparition : Elle était assise, au milieu du banc, toute seule ; ou du moins il ne distingua personne, dans l’éblouissement que lui envoyèrent ses yeux. En même temps qu’il passait, elle leva la tête ; il fléchit involontairement les épaules ; et, quand il se fut mis plus loin, du même côté, il la regarda.

Elle avait un large chapeau de paille, avec des rubans roses qui palpitaient au vent derrière elle. Ses bandeaux noirs, contournant la pointe de ses grands sourcils, descendaient très bas et semblaient presser amoureusement l’ovale de sa figure. Sa robe de mousseline claire, tachetée de petits pois, se répandait à plis nombreux. Elle était en train de broder quelque chose ; et son nez droit, son menton, toute sa personne se découpait sur le fond de l’air bleu.
Comme elle gardait la même attitude, il fit plusieurs tours de droite et de gauche pour dissimuler sa manoeuvre ; puis il se planta tout près de son ombrelle, posée contre le banc, et il affectait d’observer une chaloupe sur la rivière.

Jamais il n’avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait. Il considérait son panier à ouvrage avec ébahissement, comme une chose extraordinaire. Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ? Il souhaitait connaître les meubles de sa chambre, toutes les robes qu’elle avait portées, les gens qu’elle fréquentait ; et le désir de la possession physique même disparaissait sous une envie plus profonde, dans une curiosité douloureuse qui n’avait pas de limites…”

Magnifique.

Voici tout le roman au format PDF :
http://ir.nmu.org.ua/bitstream/handle/123456789/138121/c48c8ebe29ea0e7469d87f6f39ac2fbf.pdf?sequence=1

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